Oui, prendre des photos dans les musées est autorisé mais… pas n’importe comment !

L’utilisation de l’appareil photo dans les musées s’est généralisé. On ne s’étonne plus aujourd’hui de voir les oeuvres d’art flashées de tout côté puis reproduites sur les réseaux sociaux, intégralement, ou partiellement sur un selfie. Il était inévitable que la question du droit de reproduction se pose. Peut-on effectivement tout autoriser ? Ou, si on formule la question différemment, peut-on aujourd’hui interdire quoi que ce soit compte tenu des technologies actuelles (appareil photo omniprésent, internet, etc) ? Une autre question se pose : que faut-il penser de cette manie de se prendre soi-même en photo, ce qu’on appelle des selfies, à côté d’une oeuvre qu’on ne regarde même plus ?

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Les photographies d’oeuvres du domaine public ne sont pas réutilisables. (Pixabay, TaniaVdB)

Si je n’ai pas encore cédé à la mode du selfie, il est vrai que moi aussi j’ai tendance à dégainer le réflex un peu rapidement et, en y réfléchissant un peu, je me rends compte que ce que je photographie passe peut-être finalement au second plan, le plaisir résidant ensuite… eh ben je ne sais pas trop où ! Pour ma défense, même si je ne me sens pas accusé de quoi que soit, je respecte encore les consignes des musées sans maugréer ; c’est à dire, ne pas photographier, ne pas mettre le flash, respecter les autres visiteurs, etc. Il me semble que ceci est de moins en moins respecté ; cela a souvent le don de m’énerver (et là je maugré), je dois bien l’avouer !

Cet article m’a été inspiré par plusieurs lectures faites récemment en surfant sur internet. Je me suis permis de les copier intégralement pour une meilleure lisibilité. J’espère que les auteurs ne m’en voudront pas trop ; n’hésitez pas à cliquer sur le lien accompagnant chaque post si vous vous sentez concerné par le sujet et surtout si vous désirez approfondir votre réflexion. Ah oui, encore une petite chose ! N’hésitez pas à mettre en commentaire de cet article tout autre article traitant du même sujet, l’idée étant avant tout d’entretenir une réflexion sur ce qu’on appeler aujourd’hui, je pense, une question de société.

Oui, prendre des photos dans les musées est autorisé mais… pas n’importe comment ! (archiMag.com – 17/07/2014 – Clémence Jost)

Dégainer son appareil photo dans les musées nationaux est désormais autorisé !

Prolongement de notre regard, extension de notre bras, accessoire intégré à notre téléphone, l’appareil photo est devenu un élément à part entière de notre vie quotidienne. Un phénomène devenu plus que courant dans les musées et les monuments patrimoniaux et que le ministère de la Culture et de la Communication a souhaité encadrer. La page « Tous photographes ! » publiée sur son site internet autorise désormais explicitement les photos dans tous les établissements dépendant de son autorité, et donc dans tous les musées nationaux, comme le Musée d’Orsay par exemple.

Mais « Tous photographes ! » est avant tout une charte de bonnes pratiques permettant de résoudre les petits et les grands problèmes que pourrait poser la question des photographies dans les musées. Elle présente en cinq articles clairs et synthétiques les obligations des visiteurs vis à vis de leurs pairs, mais aussi des agents des musées. Une charte de bon sens qui interdit donc d’interdire les photographies à ceux qui la respectent :

Article 1

Dés son arrivée, le visiteur désactive son flash et fait en sorte de ne pas gêner les autres visiteurs lorsqu’il photographie ou filme.
Des pictogrammes compréhensibles de tous les publics sont installés tout au long du parcours favorisant un confort de visite partagé.

Article 2

Lorsqu’il photographie ou filme, le visiteur veille à ne pas porter atteinte à l’intégrité des oeuvres.
Le règlement de visite est affiché et les articles concernant la photographie sont disponibles sur simple demande ou téléchargeables.

Article 3

Le visiteur peut partager et diffuser ses photos et ses vidéos, spécialement sur Internet et les réseaux sociaux, dans le cadre de la législation en vigueur.
L’établissement met à disposition gratuitement sur son site internet des reproductions numériques de ses collections avec mention claire des conditions d’utilisation conformément à la doctrine du ministère de la Culture et de la Communication en faveur de l’ouverture et du partage des données publiques culturelles.

Article 4

Le visiteur évite de prendre une photographie d’un membre du personnel de l’établissement en tant que sujet principal identifiable sans son autorisation formelle.
Une véritable information sur le respect du droit d’auteur et de la vie privée des personnes est disponible sur simple demande ou téléchargeable.

Article 5

Pour une prise de vue nécessitant un matériel supplémentaire, le visiteur doit faire une demande d’autorisation spécifique.
Des activités artistiques et culturelles autour de la pratique photographique sont organisées pour tous les publics.

Les musées n’aiment pas partager (archiMag.com – 17/08/2015 – Guillaume Galpin)

Les photos prises par les musées français des oeuvres appartenant au domaine public ne sont toujours pas sous licence libre.

Alors que l’ouverture par défaut des données publiques devrait être inscrite dans la loi l’année prochaine, le site NextInpact révèle que des photos officielles de nombreuses oeuvres appartenant au domaine public ne sont pas réutilisables.

C’est le député Olivier Falorni qui, en mars dernier, questionnait en premier le gouvernement sur ce point. Il estimait “contestable” que certains musées demandent une rétribution pour des photos d’oeuvres du domaine public et incitait l’éxécutif de “mettre un terme” à ces pratiques.

Un discours contradictoire

La ministre de la culture Fleur Pellerin soutient dans sa réponse que toutes ces photos sont “librement et gratuitement téléchargeables pour tout usage privé” mais sur le site de l’agence photographique de la Réunion des grands musées nationaux-Grands Palais (rmn-gp), le discours est tout autre.

Les mentions légales du site précisent bien que “toute reproduction, représentation, utilisation, mise à disposition ou modification du Site et/ou de ses composantes, en tout ou partie, par quelque procédé que ce soit, est strictement interdite sans l’accord préalable et écrit de la Rmn-Grand Palais ».

S’emparer de ces photos serait donc moins simple que le ministère de la Culture tente de faire croire. L’open data est encore loin d’être la règle d’or du gouvernement qui reste frileux sur l’ouverture des données des organismes culturels.

Les musées envahis par les aveugles photographes (slate.fr – 21/08/2015 – Eric Dupin)

La magie technologique a porté à un stade inégalé la possibilité de s’approprier un musée… en se dispensant d’en regarder vraiment les oeuvres.

«Ils ont des yeux, mais ne voient pas», (Évangile selon Saint-Matthieu mais aussi, soyons œcuméniques, sourate 7 verset 179 du Coran). Leur index est incroyablement plus mobile et plus actif que leurs pupilles. Ce sont les touristes, fort peu regardants, qui préfèrent capturer une œuvre d’art à l’aide de leur smartphone plutôt que perdre leur temps à la contempler.
Ce spectacle fascinant s’observe dans la plupart des grands musées de la planète. Mais j’ai vu, cet été aux États-Unis, jusqu’à quelles extrémités ce phénomène pouvait aller. La visite du MET ou du MoMA de New York, pour ne citer qu’eux, s’apparente dès lors à une rude épreuve.

Appropriation technologique des œuvres

Ce n’est pas d’hier qu’un flot de touristes exténués par d’infernales cadences voyageuses tend à confondre salles de musées et halls de gare. Au bout d’un certain temps, les pauvres ne jettent plus que distraitement un coup d’œil aux œuvres majeures signalées par un pictogramme d’écouteur.
La magie technologique n’en a pas moins porté à un stade inégalé la possibilité de s’approprier un musée en se dispensant de regarder vraiment les œuvres exposées. On peut tout d’abord les mitrailler consciencieusement (les plus scrupuleux photographient aussitôt après leur cartel) avec son Réflex numérique équipé d’un gros zoom (alors qu’une reproduction de qualité suppose l’emploi d’une focale fixe moyenne à grande ouverture –mais passons). Pas le temps d’observer entre deux déclenchements. On verra tout ça tranquillement à la maison…
La majorité s’en tient néanmoins à l’usage d’un smartphone. Dans le meilleur des cas, pour photographier à la va-vite, généralement de biais et de travers, l’œuvre célèbre. Dans le pire, et c’est hélas de plus en plus fréquent, pour s’immortaliser soi-même devant l’une de ces manifestations du génie humain. Ou se faire prendre en photo, avec cet arrière-plan avantageux, par un ami ou un membre de sa famille.
Ces diverses pratiques génèrent inévitablement leur lot de nuisances. Bipèdes au sourire forcé occultant une partie du tableau, bras inopinément tendus devant vos yeux, mouvements incessants destinés à mieux se placer avant de disparaître aussitôt le cliché pris: tout cela ne favorise guère l’observation sereine et attentive des œuvres d’art. Le visiteur qui reste plusieurs minutes immobile devant un tableau, pour l’analyser ou s’immerger dans son univers, est paradoxalement considéré comme un étrange gêneur par la majorité des touristes.

Tous photographes !

Et pourtant, la très grande majorité des musées autorisent, voire encouragent, les prises de vues photographiques. L’établissement parisien d’Orsay, qui les avait interdites en 2009, a dû céder après la visite de Fleur Pellerin. Plus familière d’Instagram que de Patrick Modiano, la ministre de la Culture avait posté sur ce réseau social le cliché d’une toile de Pierre Bonnard lors de sa visite d’une exposition consacrée à ce peintre.
À ceux qui s’indignaient qu’un membre du gouvernement s’autorise ce qui était interdit par ce musée, elle répondit qu’elle ne faisait qu’appliquer la nouvelle charte «Tous photographes!» prônant la photographie dans les établissements publics. Dès le lendemain de sa visite, le 18 mars 2015, la direction du musée d’Orsay cédait à l’injonction ministérielle et levait l’interdit.
Le gag est que Fleur Pellerin était en faute, même après ce revirement, et cela de deux manières. D’une part, elle avait reproduit l’œuvre d’un peintre qui n’est pas encore tombée dans le domaine public. D’autre part, elle avait photographié dans une exposition temporaire, ce qui demeure interdit dans la quasi-totalité des musées.
Issue d’un groupe de travail mêlant représentants du ministère, des musées et des associations, la «charte synthétique de l’usage de la photographie dans un établissement patrimonial» frappe par sa candeur. Ses cinq maigres articles n’imposent que quatre règles aux visiteurs: désactiver son flash, ranger son «bras télescopique», ne pas photographier le personnel et «ne pas porter atteinte à l’intégrité des œuvres» –ce qui est la moindre des choses. Il n’est nullement fait mention de la nécessité de ne pas gêner, autant qu’il est possible, les autres visiteurs par ses propres prises de vue.

Démocratisation et read-write culture

Le clip qui accompagne cette charte officielle laisse songeur sur les usages qu’elle entend promouvoir. On y voit une jeune fille hilare se faire prendre en photo par son copain devant plusieurs statues et envoyer dare-dare ces preuves de vie artistique à ses amies et à sa maman…
Les partisans de la smartphotograhie et des selfies au musée avancent d’abord l’argument de la «démocratisation». «Art is for everyone –even people with selfie sticks», affirme hautement un critique d’art du Guardian. Ces nouvelles pratiques permettraient d’attirer dans les temples vermoulus de l’art les jeunes générations aux pouces agiles. «For us, it shows that you can have fun in the museum, that the museum is fun», explique un responsable du Royal Ontario Museum, qui pousse la promotion des selfies jusqu’à autoriser l’emploi des perches à smartphones.
D’autres arguments sont plus économiques. «Un musée qui interdit la photo aujourd’hui, c’est un musée qui est invisible sur Internet, qui se coupe de toute une réalité mondiale», prévient Bernard Hasquenoph, animateur du site «Louvre pour tous». La présence sur les réseaux sociaux devient une obsession pour de nombreux responsables d’institutions artistiques.
D’aucuns célèbrent enfin ces usages en vogue comme des progrès dans la perception artistique. Il y aurait une «fonction pédagogique» dans ces clichés. Ceux-ci devraient même être interprétés comme les expressions d’une inventive réappropriation de l’œuvre par le visiteur.
Un article d’ArtNews nous suggère qu’elles doivent être considérées à la lumière des théories du respecté Lawrence Lessig décrivant le passage d’une read-only culture (où l’on regarde passivement une œuvre d’art) à une read-write culture (dans laquelle le spectateur participe activement à sa recréation). Au recueillement religieux et intimidé devant le tableau de maître succèderait la relecture vivante, ludique et désacralisée de l’objet artistique par un visiteur recouvrant sa pleine liberté.
Narcissisme et consumérisme
Well, tous ces grands discours sont trop beaux pour être vrais. Il ne résistent en tous cas guère à une observation concrète de ces comportements. La manie des selfies interdit le décentrement du spectateur, l’obligation de faire un effort de concentration minimal pour en pénétrer le sens ou même se laisser envahir par l’émotion singulière qu’elle provoque.

«Les visiteurs ne regardaient plus… et empêchaient les autres de voir», estimait le directeur du musée d’Orsay pour justifier son interdiction de photographier. A-t-il vraiment tort? La promotion de ces autoportraits bâclés est cousine d’une démagogie flattant le narcissisme ambiant. «L’art selfie, c’est vous et en plus… c’est de l’art! […] Tout à coup, vous n’êtes plus une simple fourmi», écrit l’écrivain canadien Douglas Coupland. Faudrait-il encourager pareille illusion?
«Mon dieu, on est en train de rentrer dans une époque de barbarie», s’écrie le président du musée d’Orsay, effrayé par les maniaques du déclenchement numérique. «Mais nous, on a un ordinateur et les images qu‘on voit sur notre portable sont plus belles, plus flatteuses. On peut agrandir un détail ad libitum», lui auraient-ils confié.
On n’est pas obligé d’être aussi sévère. Mais il ne fait guère de doute que la photographie compulsive des œuvres d’art participe d’une quête un peu naïve de possession de ces dernières. Faute de pouvoir se les approprier, un moment, par l’émotion ou la réflexion, on croit les enfermer à jamais dans son boîtier ou dans son smartphone. La jouissance artistique est alors remplacée par la consommation photographique.

Voir et photographier

Que l’on ne s’y méprenne pas: je suis d’autant moins favorable à l’interdiction de photographier dans les musées que je pratique moi-même cette discipline. J’ai la chance d’être équipé de manière à pouvoir obtenir des reproductions de tableaux de qualité. Cela m’a permis d’offrir à Noël un Van Gogh (enfin, un poster reproduisant l’une de ses œuvres) à ma chère belle-mère. Mon musée digital personnel commence à être fourni et je peux prendre plaisir à scruter les détails d’un tableau de Jérôme Bosch que mon œil n’a pu discerner in situ.
Mais je m’attache à regarder avant de déclencher l’obturateur. Et j’essaie de profiter au mieux de la rencontre directe avec l’œuvre. C’est la substitution de la prise de vue à l’observation artistique qui me semble critiquable.
Quant aux selfies, ils n’auraient, à mon humble avis, tout simplement pas lieu d’être. Le musée Van Gogh d’Amsterdam, l’un des rares à interdire de photographier avec le Prado de Madrid, a concédé une pièce où les selfistes invétérés peuvent s’adonner à leur vice devant des reproductions de tableaux. Et l’on ne saurait que trop leur conseiller de se rendre aux Philippines. À Manille, un musée à selfies présente des maquettes en 3D, réalisées à partir de tableaux célèbres, dans lesquelles les visiteurs peuvent pénétrer pour magnifier leur art de l’autoportrait à prétention artistique.

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Un commentaire sur « Oui, prendre des photos dans les musées est autorisé mais… pas n’importe comment ! »

  1. Pour ma part je reconnais que quand je vois des gens photographier au flash des tapisseries du XVÈME siècle devant le personnel du lieu qui ne bronche même pas, je sors de mes gonds au point d’être carrément discourtois. C’est un euphémisme…
    Par ailleurs, il me semble que les photos des oeuvres tombées dans le domaine public sont elles-mêmes des oeuvres qui ne sont pas forcément tombées dans le domaine public. En revanche, prendre des photos d’oeuvres tombées dans le domaine public ne devrait pas poser de problème. Encore faut-il pouvoir les identifier, ce qui est loin d’être évident.

    Ce qui est frustrant, pour moi, dans les musées, c’est d’y être touché par une oeuvre, de ne pas pouvoir la photographier et finalement de ne pas en trouver une reproduction à la boutique.

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