Un coin de Bourgogne vu par Alexandre Dumas

Dans « Le voyage en Suisse », publié entre 1832 et 1836, Alexandre Dumas (1802-1870) évoque sa traversée de la Bourgogne. Point de photographie à l’époque mais un talent reconnu pour l’écriture. Comme beaucoup de ses confrères, Dumas nous conte ses voyages avec profusion de détails. Guidé par une faculté d’émerveillement toute enfantine, il nous dessine un lieu unique, un trésor caché, qu’il serait seul à posséder.

« En effet, c’est une chose bizarre : au milieu d’une de ces grandes plaines de Bourgogne, où nul accident de terrain n’empêche la vue de s’étendre, le sol se fend tout à coup sur une longueur d’une lieue et demie et sur une largeur de cinq cents pas, laissant apercevoir, à profondeur de deux cents pieds à peu près, une vallée délicieuse, verte comme l’émeraude et sillonnée par une petite rivière blanche et bruissante, qui s’harmonise admirablement avec elle comme grandeur et comme contour. Nous descendîmes une rampe assez douce, et, au bout de dix minutes à peu près, nous nous trouvâmes au milieu de ce petit eldorado bourguignon, que les roches qui l’entourent, coupées à pic et surplombant sur lui, isolent du reste du monde. Là, en remontant le cours de la petite rivière, dont nous ne sûmes pas le nom, et qui, probablement, n’en a point encore, sans apercevoir ni un homme ni une maison, nous vîmes des moissons qui semblaient pousser pour les oiseaux du ciel, des raisins que rien ne défendait contre la soif des curieux, des arbres fruitiers pliant sous leur propre poids ; au milieu de tant de solitude, de silence et de richesses, on serait vraiment tenté de croire que ce coin de terre est resté inconnu aux hommes.
(…)
J’ai visité depuis les belles vallées de la Suisse et les somptueuses plaines de l’Italie ; j’ai descendu le cours du Rhin et remonté celui du Rhône ; je me suis assis sur les bords du Pô, entre Turin et la Superga, ayant devant moi les Alpes et derrière moi les Apennins : eh bien aucune vue, aucun site, si varié, si pittoresque, si grandiose qu’il fût, n’a pu me faire oublier mon petit vallon de Bourgogne, si tranquille, si solitaire, si inconnu, avec son ruisseau, si frêle, qu’on a oublié de lui donner un nom, et sa cascade, si légère, que le moindre coup de vent la soulève, et va l’éparpiller au loin comme de la rosée. »

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